La voiture électrique, un désastre écologique ?


Articles / lundi, octobre 28th, 2019

Primes à la casse, bonus écologique… les mesures politiques s’accumulent pour encourager le contribuable à sauter le pas de l’achat d’une voiture électrique. Vue comme une solution aux problèmes écologique et alimentée par une prise de conscience généralisée, la voiture, qu’elle soit hybride ou électrique, devient le nouvel porte étendard du néo-écologiste. Que ce soit avec la prolifération des trottinettes électriques en « accès libre » ou les mesures gouvernementales, l’électrique tend à s’imposer peu à peu comme alternative au moteur thermique. Pourtant, ce revirement est loin d’être aussi « propre » qu’on l’imagine.

Tout d’abord la question se pose quant à la maturité du produit lui-même. Même si certains modèles (Tesla l’a bien prouvé), tendent à gagner en performance voire à rivaliser et à surpasser les performances des modèles thermiques équivalents, la question demeure au sujet des modèles « plus abordables ». De nouveaux problèmes techniques apparaissent avec des phénomènes d’emballements thermiques où la batterie, à la suite d’un court-circuit (généralement pendant la recharge, la recharge ayant souvent lieu dans les garages et lieux d’habitation), tend à embraser spontanément le véhicule. De là, des reprises d’incendie peuvent avoir lieu, nécessitant une surveillance accrue jusqu’à 48 heures voire exigeant d’immerger le véhicule pendant plusieurs heures dans un grand volume d’eau. Enfin la question quant à l’utilisation de matériaux polluants n’est pas en reste puisque ces technologies (loin d’être les seules d’ailleurs) emplois des matières premières à fort impact écologique, en quantités limitées, extraites sur d’autres continents, assemblées et exploitées d’un bout à l’autre du globe avant de terminer leur course sur le marché européen après avoir réalisé plusieurs tours du monde.

Le marché de l’électrique est un marché relativement nouveau, encore assez jeune qui mérite cependant qu’on lui laisse la chance de se développer. Néanmoins, outre l’aspect technologique, à supposer que l’électrique supplante un jour le modèle thermique, rien n’entraine une remise en question du mode de vie. Ne serait-ce pourtant pas là l’essentiel ?

En effet, quelle que soit la technologie censée remplacer le modèle de la voiture traditionnelle actuel, le problème demeure et reste avant tout sociétal. Les trottinettes électriques pullulant et encombrant les trottoirs, ont ceci de commun : une durée de vie ultra-faible, souvent malmenée, remplacée plutôt que réparées, importée, se substituant à des trajets aisément réalisables à pied ou en transport en commun. Finalement elles ne sont rien de plus qu’un gadget étiqueté « vert » par un marketing jouant la carte de la fibre écologique. Rien n’est fait pour remettre en question le modèle « tout auto » initié dès l’après-guerre. La taxe sur les carburants à l’origine de l’embrassement du mouvement des Gilets Jaunes n’était pas non plus la solution. Le problème de la taxe essence c’est qu’elle touchait indistinctement tous les individus, dont certains, chassés des villes par les loyers excessifs, abandonnées par les services publics, n’ont d’autres choix que de prendre le volant. Pourtant, comment blâmer l’État pour son absence de mesures audacieuses lorsque l’on constate l’attrait pour le SUV, modèle de véhicule plus lourd, polluant, encombrant, aggravant la gravité des accidents avec sa calandre surélevée ? Comment en vouloir enfin aux décisionnaires lorsque l’on remarque la place accordée à la voiture aujourd’hui, avec ces parcs automobiles entiers, comatant en centre-ville, utilisées seulement 1 à 2 heures par jour, soit 4,2 à 8,33% du temps, mais immobilisée et occupant 5m² en permanence ?

La question écologique amène à réfléchir sur un problème de fond : celui de la dépendance énergétique. Avec la multiplication des appareils électriques (tv, ordinateurs, tablettes, chauffages électriques), le réseau électrique est régulièrement soumis à de fortes fluctuations de demandes énergétiques dont le pic s’initie dès la fin de la journée de travail vers 18 heures. Bien que non dénué d’un certain risque (attentats, défaillance technique, erreurs humaines), le nucléaire a ceci d’avantageux qu’il permet non seulement la souveraineté énergétique, mais offre de plus une quantité d’énergie considérable pour un coût bon marché, défiant toute concurrence, et offrant un retour sur investissement conséquent avec une technologie mise au point et éprouvée depuis des années. Avec les récentes prises de position populaires en faveur d’un désengagement du nucléaire, comment dès lors répondre à ces besoins nouveaux avec l’arrivée d’un parc automobile tout électrique sans toutefois accepter ni de trop grandes fluctuations électriques, ni de nucléaire ni une prise de risque démesurée ? Quel type d’énergie utiliser ? Doit-on imiter nos voisins outre-Rhin en procédant à la réouverture de centrales à charbon (relançant par là même une recrudescence de cancers) ? Doit-on conserver l’indépendance et la souveraineté nationale ou bien mettre en place des fermes énergétiques européennes ?

En définitive, le marché écologique, comme tout autre marché, réponds à des logiques purement économiques, dans lesquels s’engouffre tout et n’importe qui, mais surtout un nouveau « capitalisme vert », surfant sur la « vague écologiste ». Non dénué de véritables avancées, il convient cependant d’adopter un certain recul et un état d’esprit mesuré tout en prenant le temps de questionner nos modes de vies et habitudes de consommation passées.  Sur le modèle de Greta Thunberg, on tend à généraliser et à normaliser une prise de décision impulsive, à imposer l’urgence en oubliant toute prise de réflexion nécessaire à la mise en place d’une démarche réfléchie, mais avant tout réellement efficace. Dans nos sociétés, on a tendance à croire que les enfants portent en eux une innocence et une vérité que les adultes n’ont plus, comme si toute jeunesse portait en elle parole d’évangile. Et si, en lieu et place des discours s’appuyant sur des leviers émotionnels, les scientifiques recouvraient la parole ? Au moins, tâchons d’utiliser cette impulsion nouvelle portée par la jeunesse afin de relancer un véritable débat faisant la part belle aux incroyables capacités d’adaptation et d’innovation humaine.

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