L’amour pour continuer à avancer


Articles / samedi, mai 26th, 2018

L’Amour et la Haine : deux sentiments, en apparence, antagonistes et paradoxalement liés de manière particulière. L’amour n’est pas l’opposé de la haine car l’on ne peut définitivement pas aimer ceux qui nous ont fait souffrir. En revanche, on peut muer la haine vengeresse qui nous ronge en une force positive, amenant à resserrer davantage l’amour que l’on porte à nos proches.

« Il y a un désir profond d’élévation. Pour moi c’est par la culture ».

C’est ce dont témoigne la lettre ouverte d’Antoine Leiris, qu’il publia après l’ignominie du 13 novembre au cours de laquelle il perdit sa femme :

«  Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus ».

Il peut sembler difficile de ne pas céder à la haine dans ces circonstances. D’aucuns pourraient penser qu’il y aurait là de la faiblesse, un ego en mal d’affirmation, de la peur encore. Et cependant, tout est exprimé par ces mots simples :

« Quelle enfance je vais lui donner si tout ce que j’ai dans le cœur c’est que de la rancœur, des remords et des regrets ? Un enfant, il grandit autant par les soins, l’éducation, l’autorité… mais il grandit aussi par le jeu. J’avais besoin non seulement d’être là à côté de lui, mais d’être léger. »

Il y a dans ces drames, l’expression de la violence la plus gratuite. On ne peut comprendre. Il n’y a aucune raison. La mort est absurde. Et c’est peut-être ça qui rend le deuil plus difficile encore. On ne pourra jamais comprendre. Tout aussi absurde que ce jeu qui consiste à mettre K.O. d’un seul coup un passant choisit au hasard dans la rue.

« Nous ne reviendrons jamais à notre vie d’avant mais nous ne construirons jamais une vie contre eux. Nous avancerons dans notre vie à nous ».

C’est cette lettre que je voulais partager aujourd’hui avec toi.

Ressource

 

 

Mis à jour le 7 août 2018

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