Le dernier jour


Articles / mercredi, août 29th, 2018

Lundi et voilà que se dessinent déjà les premiers au-revoirs. Jour férié, ce dernier weekend, prolongé de surcroît, a été l’occasion d’un voyage liant Oxford, Blenheim, Windsor, Londres et Brighton. Ces quatre jours ont amené plusieurs réflexions que j’aimerais partager.

L’importance des périodes de repos

Ce weekend m’a fait prendre conscience de l’importance de leur existence. En ponctuant la semaine par des jours de repos ils amènent le travailleur à se ressourcer afin d’attaquer le cycle nouveau déchargé de toute anxiété. De la même manière que céder au désir, en mettant de côté les animosités éventuelles amène à la remise à niveau des tensions qui ne manquent pas d’êtres générées au sein d’un couple, le weekend prévient du burn-out. Un constat qu’il est encore difficile d’admettre dans nos sociétés à la culture du travail plus que présente. Être efficace plus de huit heures d’affilées est chose impossible. Certaines professions n’y échappent malheureusement pas, comme le milieu bancaire, juridique ou médical. Cela contraint des travailleurs à travailler de huit à vingt-trois heures. Pourtant, ces dernières heures ne sont pas efficaces, et pour avoir reçu des témoignages, ne sont pas utilisées efficacement. Apprendre à dessiner, naviguer sur internet, voilà comment s’occupent ces personnes qui, par pression sociale et hiérarchique, se doivent d’assurer leur présence. Alors on se rassure comme on peut au sein de ce royaume ou la face-time culture est reine et où se mène une surenchère au dévouement. Chauffer inutilement son siège, contraindre le salarié à rester en est une.

Souvent on se valorise par le travail. On est fier d’annoncer le nombre d’heures accumulées dans la semaine, un mythe savamment entretenu, comme si la quantité faisait la qualité, jusqu’à voir Elon Musk lui-même revenir sur ses 125 heures hebdomadaire dont il se gargarisait.

Chacun devrait prendre le temps d’un weekend. Ils aident à faire le point sur sa vie et les objectifs que l’on aimerait se voir accomplir. De ces weekends on en ressort souvent euphorique, accompagné par un sentiment d’accomplissement et d’épanouissement suivi par la peur de ne pas vivre assez longtemps pour pouvoir concrétiser tous ces objectifs qui nous font vivre. Ces sentiments déteignent sur la plume de l’écrivain. Le voilà effrayé à l’idée de ne savoir transmettre à l’écrit des sentiments qu’il n’éprouvera peut-être plus à l’heure d’écrire les lignes de l’ouvrage qu’il prépare. Je repense alors à ce collègue dont on m’a parlé, compositeur et ingénieur, il ne travaille que du lundi au mercredi, payé au temps plein. Non seulement doté d’une grande intelligence, le voici fin négociateur. Évoluerons nous un jour vers ce genre de considérations ?

L’importance des rencontres

Proche du retour en France, des souvenirs me reviennent : ceux de mon arrivée. Bizarrement on ne se souvient jamais du dernier jour mais toujours de ceux qui l’ont précédé. Pour moi, il y avait cet homme étendu au milieu du trottoir, cette ambulance et un massage cardiaque qu’on lui prodiguait. Ma valise rouge. La première nuit dans cette colocation de cinq personnes. La première impression qui m’était venue à leur rencontre. Cette rue que je découvrais. La luminosité aussi. Les débuts, marqués par des échanges de moins en moins timides. Ces weekends en famille ou entre amis. Tout me revient désormais imprégné de la vivacité de l’instant. Une certaine nostalgie heurte l’esprit du voyageur désormais contemplatif devant le chemin parcouru.

Il y a eu des discussions bien souvent menées dans des trains ou des bus, au hasard des rencontres et de ce qui nous venait à l’esprit, autour de thèmes philosophiques ou plus prosaïques. Des questions aussi, que l’on s’amusait à poser afin de combler les heures creuses qui défilaient : quelles ont été les expériences les plus enrichissantes que tu aies connues ? Et souvent, les mêmes réponses : les rencontres, y compris les plus douloureuses. Et je ne peux m’empêcher de penser que les épisodes douloureux sont plus instructifs que les périodes heureuses. Les ruptures amoureuses font grandir et évoluer. Blessent de manière indélébile aussi. Il y a ces questions que l’on n’ose poser : combien de partenaires, cet être qui m’est cher, a-t-il connu avant moi ? Ce qui compte au fond c’est qu’il ait été heureux, tu le sais. Il faudra accepter que tu ne puisses jamais remplacer son premier amour dans cette chronologie immuable désormais. Néanmoins, il est possible de faire de vos instants passés ensemble les plus mémorables qu’il soit. Ils sont unique, ce sont les vôtres, ils n’appartiennent qu’à vous.

Parmi nos connaissances, il y a toujours cet ami décomplexé, un peu fou, pour oser faire ce que le regard des autres nous prévient. Danser, chanter dans la rue, plaisanter avec les inconnus comme s’il s’agissait d’amis de longue date. C’est lui qui a raison. Peu importe leurs noms, leur bienveillance nous met à l’aise. Il y a quelques mois on ne se connaissait pas et voilà que déjà, on se bat pour partager les frais, on dîne ensemble, on s’ouvre aux autres de la manière la plus authentique qui soit. Ces relations sont précieuses. Elles confortent dans nos décisions. Elles fortifient nos rêves. Il y a ces phrases que l’on garde à l’esprit. « Tu seras un grand écrivain » qu’il me forçait à répéter dans un français à l’accent britannique afin de me convaincre. Comme si l’énonciation portait en elle la force de réalisation. Et même sans y croire véritablement, cela fait du bien. On en apprends tous les jours au sujet des personnes que l’on côtoie au quotidien. C’est aussi ça qui fait leur charme. Si tout était révélé dès le premier instant, il n’y aurait plus rien à ce dire. La vie est un jeu de cartes qui ne s’abattent qu’au tout dernier moment.

Brighton, une ville entre terre et mer

Aller à Brighton est assez facile depuis Londres et ne demande qu’une heure de train. Il faut au préalable parvenir à s’en sortir avec les différentes modalités du ticket parmi lesquelles on peut choisir. Peut-être parviendrez vous à saisir l’intérêt du Super Off Peak, ce mystère inexploré. Le mois d’août n’échappe pas à la marche immuable des saisons. Seuls quelques sursauts d’été surviennent çà et là mais les journées sont généralement froides et pluvieuses. Les bulletins ne se lassent plus de parler d’overcast.

De cette station Balnéaire se dégage l’atmosphère d’une époque au style Victorien, mais également de grandes verrières, vestiges d’une époque stimulée par la connection au chemin de fer, l’arrivée des premiers congés payés et la démocratisation des loisirs. Il en reste toutefois toujours la trace de cette aristocratie du XIXème siècle avec ces anciens palaces et casinos, délaissant Bath au profit des bains de mer. La visite du château avec les décorations chinoises, ou du moins la représentation biaisée que l’on s’en faisait avec les connaissances de l’époque, vaut le détour. Il y a ce parc à coté et ce musicien qui n’attirait pas foule, dont on disait en rigolant qu’il visait probablement un public de niche.

Les magasins de musique jalonnent ces rues en pentes, lui donnant ce petit air de Fog city. On y rencontre amateurs et passionnés. Les mélodies s’échappent des fenêtres laissées ouvertes. On peut tester les instruments au milieu de ces environnements de rencontres, mêlant toutes classes sociales, mais en premier lieu, des personnes partageant la même passion. Il y a ces mouettes nichées au creux des plages que l’on ne fréquente guère, effrayant les amateurs d’Hitchcock.

De ces magasins naissaient cette règle arbitraire que nous avons inventé : ARM, permettant selon nous, un bon développement de l’esprit. Acting pour la confiance en soi, la maîtrise du corps, Reading pour la culture académique ou littéraire, l’appropriation des mots et des tournures de phrases, et Musicking enfin, pour l’ouverture d’esprit et la stimulation de la créativité. Trois mots : le théâtre, la lecture, la musique.

Enfin, il y a eu ces chansons françaises que l’on s’échange. Et c’est sur un Salut de Joe Dassin que je retourne en France en gardant d’incroyables souvenirs à l’esprit. Les anniversaires que l’on a souhaité et les cartes échangées à ces occasions. Les petites attentions reçues. La bière et la difficulté de ne pas boire dans un pays à la culture assez forte. La coupe du monde vécue autour de mousses partagées. Des souvenirs que je me plairais à éprouver de nouveau lors de la relecture de ce post ou des photos.

Conclusion

Ces quelques mois passés en Angleterre ont été les artisans permettant à de formidables rencontres d’exister. Sortir de sa zone de confort amène inévitablement à se connecter avec des personnes nouvelles vers qui on ne serait jamais allé autrement. Professionnellement cela a également été une formidable expérience mais c’est sur les relations humaines que j’ai voulu ici centrer le sujet. De nombreux liens, qu’on pourrait désormais qualifier d’amitié, ont été tissés. Des relations que j’estime et que j’aimerais garder le plus longtemps possible.

Il y a toujours cette peur existante de ne parvenir à préserver ses amitiés. Limité par le nombre de Dumbar, on navigue en gardant toujours un pôle d’amis privilégiés. Une évolution hiérarchique concentrique dont les relations plus ténues seraient reléguées dans la bordure extérieure mise en place inconsciemment. A la manière d’un banc de poissons que l’on irait rejoindre, on constate que certains ont fait de même, migrant d’un groupe à l’autre, avant de revenir au groupe initial désormais peuplé différemment. Les réseaux sociaux ont incroyablement simplifié le processus.

Ce billet est dédié à toutes ces personnes qui font de la vie une douceur à mordre à pleines dents. Et pour vous, quelles ont été ces personnes qui ont rendu votre vie plus belle ?

Ressources

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