Les dangers du féminisme


Articles / lundi, mai 6th, 2019

… ou, aurais-je du préciser, du féminisme moderne.

Depuis les 30 glorieuses, le plan Marshall de relance d’après-guerre par l’économie, la société est progressivement devenu le chantre de la consommation. Rien de nouveau sous le soleil : l’idéologie libérale – doctrine économique et politique privilégiant l’individu, sa liberté ainsi que le libre jeu des actions individuelles – se pose en seule alternative.

Le délitement du service public (initié par la spoliation des autoroutes et illustrée dernièrement par la mise sur le marché public des aéroports de Paris, de la Française des jeux et d’un des acteurs majeurs de l’énergie) ; la course à la productivité pour tenter de rembourser vainement une dette étouffante et la crise de Gilets jaunes sont autant d’indicateurs sociaux d’une société en peine, où l’alternative politique semble impossible. Première consommatrice d’antidépresseur et victime du chômage de masse, la société française se voit menacée par le déclassement social [1], la financiarisation, la masterisation (l’accumulation de diplômes de plus en plus élevés, mais de moins en moins valorisants sur le marché de l’emploi) et l’automatisation du marché du travail [2]. Loin de répondre à ces craintes, les gouvernements successifs amplifient le phénomène de libéralisation, trahissant le peuple français [3] mettant au pilori l’État Providence et l’Universalisme républicain aux dépits des intérêts de la majorité, faisant des abstentionnistes le premier parti de France.

En ce sens, l’idéologie du néolibéralisme économique imprègne l’imaginaire collectif pour s’étendre à toutes les sphères de l’individu. N’épargnant pas le pan le plus intime, le mouvement touche jusqu’à la sexualité elle-même par le biais du nouveau féminisme.

En quoi le féminisme actuel est-il dangereux ? Voilà tout l’enjeu de cet article.

Etat du féminisme aujourd’hui

Le féminisme a longtemps été une enclave salutaire aux droits des femmes et à la société. Le mouvement féministe part d’une envie justifiée de s’émanciper de l’hypocrisie et de la moralité bourgeoise espérant ainsi mettre fin à l’univers pesant de la famille patriarcale traditionnelle avec le modèle grand-parental de la femme au foyer, de la mère dépendante et du mari indépendant.

Partant d’une proposition louable dans l’objectif d’échapper à cette chape de plomb, le mouvement féministe se radicalise désormais, dépassant de loin le simple cadre des préceptes originaux soixante-huitards. Après avoir justement revendiqué leur droit au travail, à l’émancipation et à la maîtrise de leur corps, nous glissons désormais vers un gloubi boulga de revendications plus ou moins incohérent. Au lieu de s’unir, la société se voit ainsi divisée en autant de cas particuliers que sont les binaires, les non binaires, les cisgenres, les non genrés, etc. Sous prétexte d’égalité hommes-femmes (dont l’hypocrisie va jusqu’à parler d’égalité femmes hommes dans une bataille d’ordre des mots puérile), on dénonce jusqu’à la conception des toilettes publiques oppressant les femmes toujours davantage, le manspreading ou le mansplanning (à savoir, le fait d’écarter les jambes dans la position assise ou le fait de couper la parole à une femme). Les longues files d’attente, ou ce qui demeure simplement de l’incivilité condamnable seraient ainsi le fait d’un odieux patriarcat. Société de l’indignation permanente, prônant la montée de l’individualisme, du communautarisme, des revendications incessantes et inutiles nous voilà plongés dans l’ère post-débat. Seuls comptent les points de fractures et de divisions, renforçant la radicalité d’un camp comme de l’autre avec des conséquences désastreuses.

Le féminisme au service de l’idéologie libérale

La fin de l’Universalisme républicain

Plutôt que de rassembler, le féminisme actuel divise plutôt qu’il ne soude. La cohésion au sien de la société est mise à mal par des délires bourgeois.

Adulée par la critique, le clip Balance ton quoi au très large succès d’Angèle exacerbe les tensions entre les sexes sans aucune nuance, en voulant dénoncer « les dérives du sexisme contemporain ». L’amalgame est donc fait entre les hommes, invitant ces derniers à ce faire « enculer », toujours dans une démarche infantilisante et méprisante, mettant dans le même panier violeur, harceleur, dragueur ou le simple quidam. Une réponse violente, sans nuance, sans discussion, imposée de force ni même expliquée. Le parallèle peut être fait entre cette contre-réaction, cette prise en contre-pied et ce que serait une charia que l’on tenterait d’imposer.

Enfin, le féminisme moderne se concentre sur des détails stupides comme le fait qu’en grammaire le masculin l’emporte sur le féminin, l’écriture inclusive (qui au passage n’aide pas la langue à se diffuser au plus grand nombre, quid des locuteurs non natifs dont l’apprentissage est complexifié ou des malvoyants dont la liseuse rendra un texte inaudible ?), la mise en place de quotas (que nous étudions par la suite) et des hashtags #PasDansLaRue, #MeToo ou encore #BalanceTonPorc, lançant en pâture des noms sans le moindre respect de la présomption d’innocence. Et tandis que l’homme se féminise, l’effort est rejeté en bloc par le corps défendant, y voyant là une tentative, justifiée ou non, de séduire en jouant l’atout de la différence et du nice guy (à savoir, se prétendre féministe afin de s’attirer les faveurs de la gent féminine).

En prétendant défendre le plus grand nombre, le féminisme ne défends finalement que les intérêts de quelques poignées de femmes privilégiées, hors sol.

Comme pour tout autre mouvement, la pensée se radicalise dans ce cercle fermé de l’entre-soi propre aux réseaux sociaux. Les théories s’autoalimentent selon une sorte de radicalité, de terrorisme de la pensée. À l’image des complotistes, terroristes et conspirationnistes, le dialogue est rompu sans que ne soit apporté un quelconque recul critique ou opinion divergente. Des chasses aux sorcières vont mêmes jusqu’à être organisées afin de faire licencier son interlocuteur en cas de désaccord.

Derrière les revendications féministes se cachent les apôtres du « moi je » à l’image de cette vidéo : j’ai testé les services d’un escort où, sous le prétexte d’un droit à la jouissance et d’incitations aux plaisirs individuels, une femme fait la publicité à peine voilé du prosélytisme masculin (qui n’existerait pas selon certaines) par l’enregistrement audio de la prestation sexuelle tarifée exécutée par un homme dont elle a été la cliente. Cela démontre, par son comportement, que toute misère est bonne à être exploitée du moment qu’elle sert son propre intérêt :

« J’ai envie qu’un homme soit à mon service. Parce que je crois que c’est très instructif et qu’il est très important que je me place dans la position de la femme qui exige qu’on s’intéresse à son plaisir et qu’on s’exécute. Et je trouve que c’est plutôt sain de faire appel à un professionnel. […] Et les hommes ne s’en privent pas depuis la nuit des temps. Moi aussi je veux essayer […] et je veux comprendre et je veux jouir »

SolangeTeParle, J’ai testé les services d’un escort, YouTube, 2019

La diversion contre la lutte des classes

Le féminisme a souvent été vu comme un moyen de s’affranchir. Ce qui était vrai fut un temps ne l’est plus aujourd’hui. Toute la société actuelle fonctionne sur le désir. On a réduit la liberté au désir et le désir à l’acte d’achat. (voir BEIGBEDER Frédéric, 99 francs, Grasset & Frasquelle, 2000). Le désir est vendu comme l’incarnation de la liberté par les soixante-huitards. : il n’y a jamais eu autant de cul, de porno, mais aussi autant de solitude et de frustration. Le sexe est rentré dans le domaine de la consommation et n’est plus du tout subversif. À l’image de ces hommes et de ces femmes qui pensent être atypiques, mais qu’on retrouve à tous les coins de rue avec les mêmes coupes de cheveux colorés, tatouages et piercings. À l’image du tourisme de masse, de cette mondialisation du tourisme avec les mêmes tours de bus, les mêmes boutiques de souvenirs, portraitistes et chaines de restauration. Devenu normatif, le sexe et le porno émancipateur subversifs des années 70 ont perdu de leur teneur, sont devenus des biens de consommation matérielle. La seule chose qu’on peut en faire c’est augmenter les doses.

Enfermé qu’il est dans ses carcans originels, le féminisme lutte désormais pour la parité hommes femmes en oubliant que les intérêts d’une rentière sont différents de celle d’une ouvrière. Or, lorsqu’on regarde les femmes présentes à l’hémicycle, la plupart sont filles de politiques et défendent donc les mêmes intérêts de classe.

Ce phénomène renforce les fractures sociales grandissantes. Selon l’observatoire des inégalités [4], en 2017 dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, 76% des élus appartenaient à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures (soit 4,4 fois plus que leur part dans la population active) seulement 4,6% des députés étaient employés, mais surtout, aucun ouvrier n’était représenté alors que ces catégories composent la moitié de la population active.

« L’écart est considérable entre l’ampleur du débat suscité par l’absence des femmes au Parlement et celui, presque inexistant, sur la représentation des milieux populaires »

L’observatoire des inégalités

La lutte féministe a remplacé la lutte des classes. On ne cherche plus à toucher à la vraie parité qui serait celle de la parité riche-pauvre. Le communautarisme est rentré dans la République sous couvert de féminisme, de lutte contre les inégalités et de progressisme sexuel. On l’a vu avec le gouvernement Macron (mais aussi les autres avant lui) : cet incroyable mépris de classe exprimé par nos « élites » n’est pas près de changer [5]. Le système a été verrouillé par les élites afin de préserver leurs positions privilégiées.

Le féminisme aujourd’hui n’est plus une lutte contre le pouvoir, l’interdit, un combat d’avant-garde. Il n’y a plus d’interdit ni de désir de transcender l’interdit. Au contraire, le féminisme cherche à faire croire que la norme qu’il promeut est progressiste, égalitaire, normale et répond à l’intérêt général. Il cherche à inscrire dans la loi des principes contraires à l’anthropologie afin de poursuivre la logique de l’argent, l’expansion du marché économique et donc la fragilisation de la société dont chacun des membres est tout à tour mis en concurrence. Que ces principes soient contraires à l’anthropologie ne gêne aucunement. Toutefois, la logique sous-jacente est problématique : il s’agit de renforcer le pouvoir de prédation du riche sur le pauvre en étendant la liberté d’action générale, que seule une poignée d’élus (les plus riches) sera à même mettre en œuvre.  À l’image de ces instagrameuses payées pour se rendre à Dubaï et satisfaire les fantasmes sexuels de quelques riches propriétaires excités par la soumission de pauvres occidentales dédiées à leurs plaisirs, comme masturber des chameaux, avoir des rapports zoophiles et scatophiles en échange de $50,000. Comble de l’humiliation, les conversations sont enregistrées et diffusées publiquement sur la plateforme TagTheSponsor [6 & 7].

L’extension du capitalisme

Aujourd’hui le travail est considéré comme une activité « épanouissante », « sociabilisante », permettant de se « réaliser » et « d’exister ». Seule alternative que l’on offre, on se bat pour aller travailler, envisageant le salariat comme un moyen de gagner sa liberté. Alors que ceux qui ont compris le monde se battent pour travailler le moins possible (voir FERRIS Tim, The five hours work week : escape the 9-5, live anywhere and join the new riche, Vermillion, 2011, ou voir l’explosion des formations en ligne sensées nous apprendre à fuir la « course des rats », devenir indépendant économiquement et heureux), les générations sont programmées pour marcher ensemble vers la même construction sociale. Le féminisme éloigne les Hommes de la lutte des classes. Une lutte qui opposerait les travailleurs aux rentiers [8]. Au contraire, les féministes ont poussé les femmes au travail précarisant la situation de celles qui auront décidé de rester élever leurs enfants. Leur travail domestique, cette double charge, ce double travail, n’étant pas reconnu, ces dernières n’auront pas de retraite. Cela permet de forcer l’injection de 50% d’actifs supplémentaires sur le marché du travail, à moindres coûts puisqu’il est reconnu que les femmes sont davantage victimes de discriminations sur le marché de l’emploi (le fameux « plafonds de verre ») et demeurent les premières victimes de la précarité.

Il faut sauver la société commerçante dans toute son abjection. En plus que de céder à la pression monétaire, il faut céder à la pression sociale imposée par le mouvement féministe. La femme « réellement » indépendante ne le serait qu’au travers du travail salarié. Quand on laisse un bébé à la crèche à 5 heures du matin on lui inculque déjà une sorte d’abnégation, de résignation au monde salarial.

« L’excroissance des GAFA et NATU participe à la destruction d’emplois, mais aussi précarisent encore un peu plus le travail » (p. 144). Les « géants du numérique « transforment leurs salariés en collaborateur ultra-flexibles. Exit les syndicats », bienvenu à cette « flopée d’autoentrepreneurs sans couverture sociale ni fiche de paie. Cette Ubérisation permet de casser les prix, donnant l’illusion au consommateur de récupérer un peu de pouvoir d’achat tout en accélérant la précarisation de la société. » (p. 144). « Ne subsisteront alors que les tâches à haute valeur ajoutée requérant de la créativité ou du contact humain. Ces 20% de main-d’œuvre qui travailleront 120 heures par semaine, comme le prédit l’économiste Nouriel Roubini » (p. 147). Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, « Apple et Facebook ont imaginé un service de congélation d’ovocytes pour leurs employées » rejetant, in fine, le poids de la contraception sur le corps féminin (voir Le déséquilibre contraceptif). « Une initiative applaudie par les féministes. L’objectif étant surtout d’aspirer l’énergie et la créativité d’employées dans la pleine force de l’âge, et donc censées être au faîte de leurs capacités intellectuelles » (p. 127).

L’homme nu, la dictature invisible du numérique, LABBE Christophe & DUGAIN Marc

La démocratie est devenue le fer de lance d’un capitalisme décomplexé étendu à toutes les sphères, de l’économie aux particuliers. On assiste à la destruction de la famille, de la morale sexuelle, à l’extension du marché afin d’imposer un libéralisme des mœurs. La sexualisation précoce (avec le concours mini-miss entre autres) permet d’étendre le marché. Comme pour la GPA (la gestation pour autrui), tout s’achète et se monnaie. Autant de dérives et de récupérations monétisables.

D’après les chiffres de l’INSEE [9], on remarque très nettement une forte augmentation des divorces. Le divorce a ceci de pratique qu’il permet à l’homme d’âge mûr de se débarrasser d’une femme devenue encombrante pour reprendre une femme plus jeune grâce à l’argent qu’elle l’a aidé à gagner. « Les lois sont toujours à deux vitesses : chez les pauvres le divorce permet souvent à la femme d’échapper à la tyrannie d’un mari qui a tendance à se venger sur elle de son patron. Mais chez les riches c’est souvent des bourgeois de cinquante ans qui ont gagné pas mal d’argent grâce à leur femme qu’ils ont épousée quand ils étaient pauvres » [10]. Avant d’être un lien, le mariage reste un contrat bourgeois qui, s’il ne sied plus, peut être rompu.

Que les femmes aient le droit au travail est une chose. Aujourd’hui elles n’en n’ont plus le choix. En poussant les femmes au travail par nécessité économique plutôt que par réelle implication, on a détruit la famille. La course au travail s’engage dès les 4 heures du matin avec le RER de banlieue rempli de travailleurs d’origines immigrées, dont les enfants sont ainsi privés de tout soutien et livrés à l’adversité dès la cage d’escalier.

La fragilisation des plus faibles et l’exploitation de la misère sexuelle

La société capitaliste telle que nous la connaissons produit des névroses. La liberté sexuelle est vue comme de l’émancipation. Les hommes et les femmes enchainent les relations d’un soir en accumulant de manière effrénée les partenaires. Étrangement, ils sont rarement épanouis passés 45 ans. À l’image de Joe, personnage éponyme du film Nymphomaniac de Lars Von Trier se perdant dans les limbes de sa sexualité insatiable ou de ces utilisateurs de Tinder, enchaînant les conquêtes comme on achète du Sopalin.

La libéralisation du marché ne bénéficie, tout comme la loi, qu’aux plus riches. Sans étudier de nouveau Les Misérables, la prostitution n’a jamais bénéficié qu’aux classes les plus aisées. Du tourisme sexuel à Saint-Domingue à l’assouvissement des passions déviantes de riches propriétaires. L’argent et le pouvoir qui en découle jouent un effet de levier incroyable, non pas seulement sur les femmes, mais sur les Hommes dans leur ensemble, permettant de s’affranchir des codes.

L’acte chirurgical se banalise. « Il y a deux versions de l’avortement : la version progressiste qui est de pouvoir ne pas avoir d’enfants si on a été violée, si on est en trop grande précarité sociale, si ça pose un problème. Il y a la version libertaire de l’avortement qui est mon corps m’appartient, je fais ce que je veux. C’est le désir du consommateur appliqué à l’enfant : j’en veux, je n’en veux pas ».

Intervention d’Alain Soral chez Ardisson (en toute transparence, je souhaite préciser qu’il a été condamné en 2019 pour négationnisme)

SORAL Alain, Jusqu’où va-t-on descendre ?, Edition Blanche, 2002

La pornographie, de plus en plus violente, glauque et dégradante dégueule de tout support informatique [11]. L’industrie du porno, pesant des milliards de dollars, s’éloigne de cette image transgressive, bohème, réactionnaire et émancipatrice féministe qu’elle a pu avoir par le passé. Dans le film documentaire Hot Girls Wanted : Turned On qui explore les coulisses de la pornographie, on observe la grande précarisation du milieu du sexe :

« Ça-et-là vous allez entendre : J’ai toujours voulu faire ça, je le fais pour le sexe, j’adore le sexe, j’ai vraiment hâte de le faire. Si tout le monde fait du porno, c’est pour l’argent. Tu ne t’es jamais réveillé un jour et tu t’es dit : je veux faire ça toute ma vie ».

Agent pour l’industrie du X, Hot Girls Wanted : Turned On

Contrairement à ce que le féminisme prétend, confondant vie réelle et leurs fantasmes issus de 50 Nuances de Grey, le porno, dans sa grande majorité, le plus regardé, le plus vu, le plus impactant, diffuse une image dégradante non seulement de la femme, mais des rapports humains. Certains se sont faits spécialistes du French Bukkake, pratique sexuelle consistant à réunir plusieurs hommes et une seule femme dans le but de s’adonner à un gang bang sexuel. Les images insoutenables défilent : on y urine sur les femmes (golden shower), on les gifle, on leur marche sur la tête pendant qu’on les pénètre, on les souille par les insultes, le mépris, les mots, la violence et les sécrétions diverses.Le porno féminin, soft, respectueux des acteurs et de leur image, est et restera à jamais minoritaire.

Dérive de l’expansion maximale du capital, il n’y a plus de limites tant que l’on peut faire de l’argent. Les féministes n’y voient aucun inconvénient, et salut même le courage de ces femmes actrices pornographiques, imaginant à torts que leur carrière leur confère un quelconque statut réactionnaire. On a fait du libéralisme l’horizon indépassable réduisant le monde à deux variables : le communisme ou le capitalisme.

Cette libéralisation jusque dans les mœurs renforce l’écart entre les exclus de la sexualité et l’univers bourgeois, libertin et explorateur. Entre le bobo parisien enchainant les plans cul avec ses amies de la fac de droit ou de psycho, ou Youssef coincé en bas des blocs, à qui profite la libéralisation sexuelle ? Coincés qu’ils sont dans leurs mondes feutrés, ces élites balayent d’un revers de la main ces constats : lors de tout rapport sexuel se pose la question du lieu pour coucher. À l’exclusion géographique, sociale, économique, institutionnelle, s’ajoute le rejet du corps féminin pour la banlieue. On ne ramène pas sa copine en HLM. On est exclus des boites de nuit. Au restaurant il faut payer à la fois pour soi et pour la fille. Telle est la concurrence des mâles. Alors on se contente de la beuh et des pornos. De cette perspective, on ne comprend plus les slogans libertaires féministes, leur stigmatisation envers des hommes n’ayant jamais touché une femme de leur vie, leurs caprices pour interdire la drague de rue (on y revient dans la prochaine partie).

Renforcement et exploitation de la misère sexuelle à des fins monétaires

La misère sexuelle a toujours existé. La misère sexuelle c’est cette solitude du « puceau » qui n’a jamais connu l’amour, à qui la tendresse d’une femme a toujours été refusée. Il y a cette violence qui s’exprime du fait des hommes qui les raillent, mais aussi des femmes qui réfutent leurs souffrances. Le mot lui-même de « puceau » est d’une rare violence. Tout cela, pour la bourgeoise féministe du XVe arrondissement, n’existe pas.

La misère sexuelle (presque exclusivement masculine) déjà présente est renforcée par l’arrivée du capitalisme. Ainsi le capitalisme dérégulé n’hésite pas à exploiter cette misère sexuelle afin de faire un maximum de chiffre d’affaires.

Prenons l‘exemple de Tinder, l’application de rencontre la plus rentable. En plus que de collecter un nombre de données impressionnant, vous êtes soumis à un algorithme d’évaluation [12]. Les notes données sont différentes selon votre profil. Les hommes avec une bonne situation professionnelle, des salaires élevés et de hautes études sont privilégiés. Les algorithmes se basent sur des réalités et les critères réellement mis en avant dans la société.

La plupart de ces applications rencontrent le même problème : à savoir, une disproportion entre le nombre d’hommes et de femmes inscrites. Avec un ratio de 80% d’hommes pour 20% de femmes apparait un phénomène renforçant les inégalités et la misère sexuelle.

Le sexe, l’homme ou la femme sont devenus des produits de consommation « classique » en oubliant toute dimension sociale, humaine et éthique.

Logo d’Adopte un Mec dont la devise est : « Le site de rencontre où les femmes prennent le pouvoir »

Les sites de rencontres mettent en exergue l’effet de halo et la loi de Pareto. Ainsi, dans cette compétition acharnée perdue d’avance, 20% « d’heureux élus » (les mannequins, la beauté se définissant par la rareté) se disputent 80% des femmes tandis que 80% des hommes restants (vous, moi, la majorité) se disputent les 20% restants. Alors qu’un homme normal reçoit en moyenne 1 « like » par semaine, une femme reçoit en moyenne 100 « likes » en quelques heures, soit en moyenne 2 000 « likes » par jour. Noyé sous la concurrence, il est alors aisé de réévaluer ses critères. Et quand bien même vous parviendrez à obtenir un « match », et donc commencerez une discussion, vous serez très vite « zappé ». Tous ces efforts pour avoir une conversation de quelques heures n’en valaient pas la peine. Car avec ce choix démesuré, les femmes rehaussent leurs exigences.

En dépit de cela, les hommes restent les plus gros consommateurs de Tinder du fait de la misère sexuelle qui les touche. Bien que les objectifs soient différents selon les sexes, Tinder n’en reste pas moins qu’un booster d’ego pour les femmes. Pour la majorité des hommes, la compétition entraine pernicieusement une perte de confiance en soi. Comment dès lors considérer un homme ayant accepté ce jeu de la soumission comme attractif sur le « marché de l’amour » ?

Alors que le féminisme prône une « féminisation » des hommes, les femmes restent paradoxalement les plus grandes consommatrices de pornographie ultra-violente. En plus du succès du livre et adaptation 50 Nuances de Gris, les études menées par PornHub (la plus grosse plateforme pornographique au monde) montrent l’appétence féminine pour un porno dur, loin des clichés :

« En 2015 les femmes ont visionné 113% fois plus que les hommes des vidéos pornographiques considérées comme hardcore. Elles sont aussi davantage susceptibles d’effectuer des recherches associées à des termes comme « gangbang, » « rough sex », « double penetration ». À été constaté des hausses de 304%, 281%, 219% et 127% pour les mots-clefs relatifs à « hard rough fuck », « fucked hard screaming », « monster cock tiny teen » et « hard fast fuck » »

PornHub insights, Women gender demographic searches, 2015 [13]

En atteste également le succès des livres érotiques écrits sous pseudonyme par supposément Marlène Schiappa, ministre de l’égalité « femmes-hommes » : Les filles bien n’avalent pas ; Osez les sexfriends ; Osez réussir votre divorce ; Comment transformer votre mec en Brad Pitt en 30 jours ; Sexes, mensonges et banlieues chaudes (où coucher avec un noir devient une attraction, une sorte d’expérience sauvage pour la bourgeoise en mal d’exotisme. Raciste vous m’avez dit ?) ; 150 endroits où avoir fait l’amour au moins une fois dans sa vie :

« Bienvenue dans la vraie vie sexuelle des filles ! « Les filles bien ne couchent pas le premier soir », « Les filles bien ne disent jamais de gros mots », « Les filles bien n’avalent pas »… Ça, c’est ce que la société, les magazines féminins, votre mari, votre mère (ou pire : votre belle-mère) essayent de vous inculquer. Marie Minelli démonte un par un, à grand renfort de témoignages, de quizz et de tests et avec beaucoup d’humour, les clichés liés à la sexualité féminine. Bienvenue dans la VRAIE VIE SEXUELLE DES FILLES, celle dont on ne parle ni dans les romances érotiques, ni dans les magazines, ni dans les films pornos… Arrêtons de prendre le sexe trop au sérieux et de s’imposer des règles édictées par des journalistes pseudo-sexologues. JOUIR et RIRE, voilà notre programme, drôlement subversif ! »

MINELLI Marie, Les filles bien n’avalent pas, La Musardine, 2014

En plus que de se croire subversif à travers un sexe désormais sans limites, étalé et revendiqué sur la place publique, « Marie MINELLI » proclame : « Arrêtons de prendre le sexe trop au sérieux et de s’imposer des règles édictées par des journalistes pseudo-sexologues ». La classe bourgeoise des élites parisiennes a faim de dérégulation on vous dit.

L’amalgame est désormais fait entre drague de rue et harcèlement. Le rapport de séduction n’est plus accepté s’il dépasse les cadres des sites de rencontres ou les soirées mondaines bourgeoises. On assiste à une séparation des classes. La rue n’est plus un lieu d’échange, mais un moyen de se déplacer d’un point A à un point B. La consommation devrait-elle être optimisée, les temps morts ne seraient-ils plus autorisés ?

Dans L’homme nu, LABBE Christophe et DUGAIN Marc font ainsi remarquer que la société nous transforme peu à peu en consommateurs compulsifs, abandonnant tout libre arbitre. « Une ville sans citoyens donc, peuplée seulement de consommateurs dont il faut optimiser les achats. Un univers marchand parfait » (p. 75), « un monde noyé dans un temps immédiat, succession de moments dévolus à la consommation » (p. 101).

Il n’y a plus de lieux pour échapper à la mixité, à la loterie familiale, favoriser le brassage social. Les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres. On reste dans cet univers de l’entre-soi et verrouillant l’échelle sociale et en maintenant l’idéal méritocratique.

Conclusion

En définitive, initialement louable, le féminisme (moderne) se fourvoie désormais dans une approche dangereuse pour la société, renforçant les fractures sociales. En effet, le capitalisme infiltre toutes les strates de la société, les fragilisant de par sa logique de rentabilité implacable. Sous couvert de progressisme, se glisse l’idéologie du néolibéralisme. Même l’intimité la plus profonde ne saurait se soustraire à cette volonté d’expansion et d’accaparement des profits. Dans les moments troubles actuellement traversés par la société, la division ne saurait être salutaire. Cette radicalisation du féminisme, par les concepts qu’elle prône, laisse, qu’elle en soit consciente ou non, le capitalisme triompher.

La prise de conscience de la crise écologique, les mouvements de déconsommation symbolisés par exemple par la marche pour le climat ou par la mise en avant au travers des vidéos de M. Mondialisation d’insoutenables inégalités [14] ne sauraient aboutir sans une remise en question des dérives du système capitaliste.

Hommes et femmes sont complémentaires. Le féminisme radical introduit le faux combat de l’égalité en refusant la dysmétrie de la sexualité. Si l’homme a souvent l’apanage de la force, quand on regarde un couple vieillir, à la fin c’est toujours la femme qui a le pouvoir.

En fin de compte, le féminisme actuel, j’oserais l’appeler « hystérique » si je n’avais pas peur me voir taxer de misogynie, est à l’image de la situation socio-économique révoltante de notre société : à savoir un décalage entre le monde feutré des « décideurs » orgueilleux représentés par « la République en Marche » d’Emmanuel Macron et le manque d’expression de la population qui ne trouve pas d’échos à leurs préoccupations. En d’autres termes, un délire de bourgeois au service de leurs propres intérêts, menés au détriment de la majorité.

Sources

[1] CASSELY Jean-Laurent, La révolte des premiers de la classe, Arkhe Edition, 2016

[2] La robotisation du marché du travail, 2018

[3] DATA GUEULE N°88, Privatisations : la République en marché, YouTube, 11/04/2019

[4] OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS, L’Assemblée nationale ne compte quasiment plus de représentants des milieux populaires, 29/11/2018 https://www.inegalites.fr/L-Assemblee-nationale-ne-compte-quasiment-plus-de-representants-des-milieux?id_theme=18

[5] GUENOLE Thomas, Emmanuel Macron ou le mépris du premier de la classe, Marianne, 31/08/2018,https://www.marianne.net/debattons/tribunes/emmanuel-macron-ou-le-mepris-du-premier-de-la-classe

[6] BRUNO LE SALE, Que font les instagrameuses à Dubaï ? (vous n’êtes pas prêt), YouTube, 21/04/2019

[7] http://tagthesponsor.com/about-us/

[8] AFP, Devant les actionnaires de Danone, le PDG dénonce « l’insoutenable concentration de la richesse dans le monde », Le Monde, 25/04/2019,https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/04/25/le-pdg-de-danone-renonce-a-sa-retraite-chapeau_5455004_3234.html

[9] Mariages – Pacs – Divorces, INSEE, 27/02/2018,https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303338?sommaire=3353488

[10] L’essayiste provocateur Alain Soral, Archive INA, 04/06/2019,

[11] DATA GUEULE N°85, Datagaule et clitodonnées : le plaisir à la chaine, YouTube, 17/01/2019,

[12] KOUTNOUYAN Élise, Plongée dans les entrailles terrifiantes de Tinder, Les Inrockuptibles, 21/03/2019,https://www.lesinrocks.com/2019/03/21/actualite/actualite/plongee-dans-les-entrailles-terrifiantes-de-tinder/

[13] Women gender demographic searches, PornHub insights, 2015, https://www.pornhub.com/insights/women-gender-demographics-searches

[14] MR MONDIALISATION, L’ultime zapping #2, YouTube, 19/01/2019

Mis à jour le 7 juin 2019