La génération Y et le marché du travail – Simon Sinek


Articles / dimanche, juillet 8th, 2018

 – This article is also available in original version : « Simon Sinek on the millenials ».

Simon Sinek est un conférencier et écrivain Britannique évoluant autour du thème de la motivation et du management. Il est l’auteur du Best-Seller « Start with Why: How Great Leaders Inspire Everyone to Take Action » paru en 2009.

Dans cette interview, il évoque les difficultés des nouvelles générations à s’intégrer dans le monde du travail. Les racines d’un mal-être que de plus en plus de jeunes connaissent. J’ai évoqué ces problématiques au court de deux essais que vous retrouverez ici : « La robotisation du marché du travail » et « Les impacts des nouveaux moyens de communication sur la société ».

Il est assez difficile de traduire mots à mots un texte pensé et écrit dans une langue étrangère, a fortiori un discours dont le but premier n’est pas d’être lu, mais écouté. Ainsi la traduction que j’ai réalisée, se veut d’avantage proche du sens que de la grammaire. Néanmoins, je laisse une copie de la version originale dans les ressources pour contenter les plus curieux d’entre vous.

Le discours de Simon Sinek :

On appelle Milléniaux, ou génération Y, la génération regroupant un groupe de personnes nées après 1984. Soi-disant difficiles à diriger, ils sont accusés d’être imbus, narcissique, centrés sur eux-mêmes, indécis et paresseux. Mais c’est le terme « enfant-roi » qui revient le plus souvent. Ils n’arrivent pas à s’épanouir au sein du monde professionnel et leurs besoins ont du mal à être compris par leurs managers. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils souhaitent faire, ils répondent le plus souvent : « Nous voulons travailler sur un projet qui a du sens, nous voulons avoir un impact (peu importe ce que cela implique), nous voulons des conditions de travail modernes et novatrices.

En conséquence, le monde de l’entreprise a essayé de s’adapter à ces nouvelles générations en mettant en place de nouvelles méthodes de management et revalorisant des objectifs anciennement peu considérés tel que le bien-être au travail. Mais en dépit de ces efforts, cette génération ne parvient toujours pas à s’épanouir. Il manque une pièce au puzzle.

Ce que j’ai appris peut être différencié en quatre éléments : l’éducation, la technologie, l’impatience et enfin l’environnement.

L’éducation

Cette génération, que l’on appelle les Milléniaux, est le résultat, j’emprunte ici le terme qui n’est pas de moi, d’un échec de l’éducation parentale. Un trop grand nombre d’entre eux ont grandit pensant qu’ils étaient spéciaux. On leur répétait sans cesse. On leur a dit qu’ils pouvaient avoir ce qu’ils voulaient dans la vie simplement parce qu’ils le voulaient. Certains d’entre eux ont eu accès aux écoles les plus prestigieuses non pas parce qu’ils le méritaient mais jouant de l’influence de leurs parents. Certains d’entre eux devaient leurs très bons résultats à des professeurs ne voulant pas avoir affaire aux parents, plutôt qu’à leurs propres mérites. Certains enfants ont reçu des médailles de présence. On offrait des médailles aux derniers. La science est claire à ce sujet, cela a dévaluée la valeur attribuée à la médaille et aux honneurs accordées à ceux qui le méritaient véritablement. Et sachant qu’ils ne le méritaient pas, ceux qui avaient reçu de telles distinctions ne pouvaient que se sentir embarrassées.  Ce sentiment d’imposture les enfonçait malheureusement davantage.

Donc, vous prenez ce groupe de personnes, diplômés, salariés et vous les jetez dans le monde réel. Et instantanément, ils découvrent qu’ils ne sont pas spéciaux, que leur mère ne peut leur obtenir une promotion, qu’il n’y a pas de récompense accordée aux dernier et que vous ne pouvez obtenir quelque chose juste parce que vous le désirez. Et en un instant, s’évapore l’image de soi que l’on s’était construite. Conséquemment, on se retrouve avec une génération entière qui évolue avec l’estime de soi la plus basse par rapport aux générations ultérieures.

La technologie

L’autre problème auquel l’on fait face est que l’on grandit avec Facebook et Instagram. Dit d’une autre manière, nous sommes doués à appliquer des filtres sur les choses qui nous entourent. Nous sommes bon pour montrer aux gens à quel point la vie est belle quand bien même nous sommes déprimés. Et de cette manière, cela renvoi l’idée d’une génération forte et sûr d’elle. Et tout le monde semble l’avoir compris. La triste réalité est que cela n’est vrai qu’en apparence et que la plupart d’entre nous ne l’avons pas saisi. On se retrouve avec une génération entière grandissant à la plus faible estime de soi. Ce n’est pas leur faute. On leur a donné les mauvaises cartes.

Ajoutons à cela la technologie. On sait que l’interaction avec les réseaux sociaux et nos téléphones relâche une molécule nommée dopamine. Et c’est pourquoi vous vous sentez bien lorsque vous recevez un message. Nous avons tous connu ces moments passagés, où l’on se sentait un peu déprimé, un peu seul.  Où l’on a envoyé dix messages à dix amis : salut, salut, salut, salut… car cela fait du bien lorsque l’on reçoit une réponse. C’est pourquoi on compte les likes. C’est pourquoi on rafraîchit dix fois notre compte Instagram. Si la notoriété chute, on remet tout en question. Ai-je fais quelque chose de mal ? Ils ne m’aiment plus ? Quel traumatisme, pour un jeune enfant, de voir un ami ne plus le suivre. On agit de la sorte pour provoquer ce relâchement de dopamine qui nous fera nous sentir bien. La dopamine est la même molécule qui procure ce sentiment de plaisir lorsque l’on fume, boit et que l’on joue. En d’autres termes, cela est extrêmement addictif. On a des restrictions d’âge sur les paquets de cigarettes, les jeux et l’alcool. Et nous n’en avons pas pour les réseaux sociaux et les téléphones ce qui revient à laisser ouvert la cave à vin et dire à nos adolescents : « Tiens : si au cours de ton adolescence tu te sens un peu mal ». Et c’est exactement ce qui se produit quand vous avez une entière génération qui a accès à un nombre important de substances addictives enivrantes comme la dopamine, à travers l’usage des réseaux sociaux et des téléphones tandis qu’ils doivent en même temps se confronter aux difficultés de leur âge.

Pourquoi cela est important ? Presque tous les alcooliques ont découvert l’alcool à l’adolescence. Quand on est jeune, la seule approbation dont on a besoin est celle de nos parents. Au cours de l’adolescence, on effectue cette transition en recherchant désormais l’approbation de nos semblables. Cela est très frustrant pour nos parents, très important pour nous. Cela nous permet de nous enrichir en dehors des carcans du cercle familiale et social. C’est une période très stressante et anxieuse que l’on traverse où nous sommes censés apprendre à compter sur nos amis. Certaines personnes, presque par accident, découvrent l’alcool et les effets grisant de la dopamine, soulageant ainsi leurs stress et anxiétés adolescentes. Malheureusement, cette association s’ancre dans leur esprit, et, pour le reste de leur vie, quand ils souffriront du stress, ils ne se tourneront pas vers un ami, mais vers l’alcool. La pression sociale, financière, professionnelle, sont les principales causes d’addiction à l’alcool.

Cela arrive car nous sommes dépassés. Offrant des accès sans cesse décuplé à ces sources de dopamines, produite par les médias et outres outils numériques, en grandissant, ces jeunes n’arrivent plus à établir de « profondes et vrais relations » (ce sont leurs mots).
Ils admettent que leurs relations sont, pour la plupart, superficielles. Qu’ils tiennent peu à leurs amis et ne compte encore moins sur eux. Ils s’amusent avec eux, mais ils savent également que cette amitié ne tiendra pas si une meilleure opportunité vient à passer.

Les vrais et profondes relations ne se tissent pas car ils n’ont jamais appris à les créer. Et pire encore : ils n’ont pas les ressources pour gérer leurs stress. De fait, quand ils commencent à éprouver un stress suffisamment conséquent dans leur vie, ils ne se tournent pas vers quelqu’un, mais vers un écran, un réseau social, vers des choses apportant seulement un soulagement temporaire. On sait par la science que les personnes passant le plus de temps sur Facebook souffrent d’une plus grand tôt de dépression en comparaison à ceux qui en passe moins.

Il est nécessaire de nuancer : l’alcool n’est pas mauvais. Trop d’alcool l’est. Joue est amusant. Trop jouer est dangereux. Il n’y a rien de mauvais dans les réseaux sociaux et les téléphones. C’est leurs excès qui est nuisible. Si vous êtes assis à un dîner avec vos amis et que vous envoyez un message à quelqu’un qui n’est pas là, c’est un problème. C’est une addiction. Si vous êtes assis à une réunion, vous êtes censés écouter et participer. En mettant le téléphone sur la table, peu importe si l’écran est tourné vers la table ou non, cela envoie un message inconscient signifiant que cela n’est pas important pour vous. C’est ce qui se produit et le fait que vous ne puissiez vous en empêcher relève de l’addiction. Si vous vous levez le matin et regardez votre téléphone avant de dire bonjour à votre petite-amie, copain ou épouse, vous avez une addiction. Et comme toute addiction, cela détruira votre relation, coûtera du temps et de l’argent et ternira votre vie.

L’impatience

Donc, vous avez une génération grandissant avec peu d’estime d’elle-même, qui n’a pas développé les mécanismes pour générer son stress. Maintenant vous ajoutez l’impatience. Ils ont grandi dans un monde de gratification immédiate. Vous voulez quelque chose ? Vous allez sur Amazon et cela arrive le lendemain. Vous voulez voir un film ? Connectez vous et regardez votre film. Vous n’avez même plus à regarder les horaires de diffusion. Vous voulez voir une série ? Vous n’avez même plus à attendre de semaine en semaine la diffusion des épisodes. Je connais des personnes qui sautent des saisons, attendant la fin d’une série pour ne pas avoir à attendre. Vous voulez sortir avec quelqu’un ? Vous n’avez plus à apprendre les arcanes du jeu amoureux. Il n’y a plus besoin d’apprendre et pratiquer cette qualité. Vous n’avez plus à passer ces étapes inconfortables, ces quiproquos. Swipe right ! Vous n’avez plus à apprendre les règles des mécanismes d’interactions sociales. Tout ce que vous souhaitez il est possible de l’obtenir instantanément. Excepté la satisfaction liée au travail et aux relations sociales. Il n’y a pas d’applications pour cela. Seulement des processus longs, périlleux et inconfortable d’apprentissage. Je garde l’habitude d’échanger avec ces merveilleux, fantastiques, idéalistes, travailleurs acharnés que sont ces enfants intelligents. Ils ont juste obtenu leur diplôme. Ils en sont à leur premier emploi. Je m’assois et leur demande : Comment ça va ? Ils me répondent : Eh bien, je pense partir. Je réponds : Pourquoi ? Ils disent : Je n’ai aucun impact. Je dis : Cela fait à peine 8 mois que tu es là !

C’est comme s’ils étaient au pied d’une montagne dont le sommet serait se concept abstrait que l’on nommerait « impact », l’impact qu’ils aimeraient avoir sur le monde. Ce qu’ils ne voient pas, c’est la montagne. Peu importe que vous gravissiez la montagne plus ou moins vite, le fait est qu’il y aura toujours une montagne, des obstacles à franchir avant d’accomplir votre but. Ce que cette jeune génération doit apprendre est la patience. Cela est vraiment important. Comme l’amour ou la satisfaction professionnelle, la joie, l’appréciation de la vie, la confiance en soi, des compétences… Chacune de ces choses demandent du temps pour s’acquérir. Certaines sont vite maitrisées mais d’autres nécessite un voyage ardu, long et difficile pour s’aquérir. Et si vous ne demandez pas de l’aide, et apprenez à le faire, vous tomberez de la montagne. Le pire scénario, et il est déjà en train de se produire, est l’augmentation du nombre de suicides. On assiste à une augmentation au sein de cette génération. On constate une augmentation de décès accidentel par overdose. On voit de plus en plus d’enfants virés de l’école ou absent pour cause de dépression. Du jamais vu. Ces cas sont bouleversants. Et dans cette vision effroyable, le meilleur scénario serait d’avoir une génération entière grandissant et passant à travers la vie sans jamais y trouver de plaisir. Ils ne connaîtront jamais le plaisir de s’épanouir dans leur travail ou dans leur vie. Ils ne seront que ballotté par la vie :

— Ça va.
— Comment va ton travail ?
— Ça va, le même qu’hier.
— Et avec tes amis ?
— Ça va.

Cela est le meilleur des scénarios dans cette situation. Cela me conduit à aller au dernier point qui est l’environnement.

L’environnement

Prenons ce groupe de jeune, des enfants incroyables, fantastiques, à qui l’on a juste donné les mauvaises cartes. Cela n’est pas leur faute. Et on les projette dans le monde professionnel qui se soucie davantage des chiffres que des ces jeunes, se préoccupant plus des gains à court terme que de la vie de ces hommes. On retreint notre échelle de temps, la découpant en années. Et donc on les place dans des entreprises qui ne les aide pas à bâtir leur confiance en eux. Cela ne leur apprend pas les mécanismes de coopération. Cela ne les aide pas à anticiper les défis du monde numérique de demain et à trouver un meilleur équilibre entre le besoin de gratification immédiate et la joie immense, l’épanouissement obtenue par la concrétisation d’un travail de longue haleine dont on est venue à bout après un mois, parfois même une année d’efforts acharnés. On les jette dans le monde de l’entreprise, auquel il n’adhère pas. Et le pire est qu’ils pensent que cela vient d’eux. Et cela empire la situation. La vérité est qu’ils n’y sont pour rien. Je suis là pour le leur dire. Ce sont les entreprises, le monde professionnel, le manque profond de bon management dans le monde d’aujourd’hui qui les enfoncent dans leur ressenti. Ils n’ont pas les bonnes cartes. Je n’aime pas le dire mais cela est la faute des entreprises. Voilà ce à quoi on fait face. J’aurais aimé que la société et les parents aient accompli un meilleur travail mais cela ne fut pas le cas. Nous devons réparer nos erreurs. Nous devons travailler davantage afin de construire une relation de confiance. Ils doivent apprendre à maitriser les outils d’interactions sociales qu’ils n’ont pas. Il ne devrait plus y avoir de téléphones dans les salles de conférences. Aucun. Zéro.

Quand nous sommes assis dans l’attente du début d’un meeting, nous sommes tous là sur nos téléphones. Cela n’est pas comme cela que ce créée des relations humaines. Au contraire, on devrait attendre le début et lancer d’une manière naturelle :

— Comment va ton père, j’ai entendu qu’il était à l’hôpital.
— Il va beaucoup mieux, merci de demander. Il est à la maison maintenant.
— Oh ! Je suis vraiment content. Quel soulagement.
— Je sais, on s’est fait du souci.
— …

— Hey ! As-tu déjà lu ce rapport sur…
— Pas du tout ! Dis m’en plus.
— …

— Laisse-moi t’aider, ça me fait plaisir.
— Vraiment ?
— …

Ainsi née la confiance. La confiance ne se créée pas lors d’un événement, en un jour. Même les événements les plus difficiles ne permettent pas de bâtir une confiance immédiate. Cela exige un travail et maintient constant. Et nous devons créer des mécanismes permettant à ces interactions imperceptibles de se produire. Nous nous en privons avec nos écrans.

Quand je sors diner avec mes amis, je fais ça avec mes amis, quand nous sortons nous laissons nos téléphones à la maison. Qui appellerions-nous de toute manière ? Peut-être que l’un d’entre nous prendrait son téléphone dans le cas où nous devrons commander un Uber ou prendre la photo de nos plats (je suis réalise mais pas fou). On prendrait nos téléphones et nous serions comme un alcoolique. La raison pour laquelle vous bannissez l’alcool de la maison et que vous ne pouvez pas faire confiance à vos instincts. Nous ne sommes juste pas assez fort. Mais lorsque vous supprimez la tentation, cela rend les choses beaucoup plus faciles. Quand vous dîtes simplement : ne regardez pas votre téléphone, les gens regarderont. Parce qu’ils ne veulent pas attendre en donnant l’impression de ne rien faire. Mais si vous n’avez pas votre téléphone, vous commencez alors à profiter du monde réel. Et c’est ainsi que les idées se forment. L’engagement constant ce n’est pas lorsque vous faites preuve d’innovation et d’inventivité. Les idées arrivent lorsque votre esprit ne sait où aller et que vous observez. Lorsque vous commencez à penser : « Je pense que cela pourrait marcher », c’est ça l’innovation. Mais nous nous privons de tous ces instants. Aucun de nous ne devraient charger son téléphone à côté de son lit. Nous devrions les charger dans le séjour. Supprimer la tentation. Vous vous réveillez au milieu de la nuit car vous ne pouvez pas dormir ? Vous regardez votre téléphone, ce qui empire la situation. Mais s’il est au séjour, vous n’aurez pas ce problème.

— Mais il me sert de réveil.
— Achetez un vrai réveil. Cela coûte $8. Je peux même le faire pour vous.

Ressources :

Mis à jour le 17 août 2018

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