Ode au voyage


Articles / dimanche, juin 3rd, 2018

Il y a des opportunités qui transcendent l’individu. Et dans le mouvement, souvent, apparaissent de nouvelles forces. Des élans naissent ainsi sur les chapes remaniées de nos idéaux. On en revient changé, sans être celui que l’on était hier, ni tout-à-fait celui que nous nous imaginé être demain. Le voyage amène de nouvelles considérations.

New-York fut incontestablement l’une de mes plus belles expériences, la première émancipation aussi. Trois mois. Seul. A l’étranger. Évoluant au milieu d’une langue, d’un pays, d’une culture qui n’était pas miennes. Il y eu tout d’abord cette arrivée à JFK au milieu de la nuit. Puis les voitures américaines que guidaient les autoroutes. Au travers la vitre mouchetée par la fine pluie que le ciel lâchait avec peine, je pouvais voir leurs nombreux feux disparaître pour laisser place, en un ballet paisible, à de nouvelles vagues de lumignons. Seul le silence, brisé parfois par le bruit de la chaussée mouillée, accompagnait mes pensées.

Il y avait, chaque jour, ces marches quotidiennes au travers Manhattan. « L’iron-flat » saluait la constance de ces migrations pendulaires, en s’offrant, à chaque passage, à une luminosité différente. Et c’est avec bonheur, que je contemplais sa robe du soir. Mais le premier dépaysement fut sans doute celui de ces sirènes flottantes, accompagnées par l’urgence, au milieu de ces rues vaporeuses. On suivait, à l’oreille, la course de ces hommes, lancés à vive allure, vers une destinée qu’ils ne maitrisaient pas.

Je découvrais avec curiosité les late-night shows de John Oliver, guettait avec envie, parmi ces sons qui s’élevaient au milieu de ce formidable ensemble fait de cultures diverses, les différents dialectes, en essayant, toujours, d’y reconnaître ma langue maternelle. Et c’est avec cette chaleur, propre à ces déracinés, que j’accueillais ces mots qui me rapprochaient des miens laissés derrière moi. Il y avait eu le 4 juillet, ses feux d’artifices et la vision inoubliable de Manhattan illuminé depuis les rives de Brooklyn Heights. Les Ramens de la 181ème.

Manhattan depuis Brooklyn Heights

Il y avait eu le bus de nuit, avalant l’asphalte des terres américaines. Montréal avec sa poutine et ses graffs artistiques. Mont-Royal. Le jardin des plantes. Le Saint-Laurent que laissait admirer la tour de l’horloge. Les bagels de Saint-Viateur. Tout n’était qu’un hymne à la découverte.

Bagels

J’étais parti, accompagné par les écrits de Bernard Clavel, avant de revenir par ceux de Pennac. Il y avait eu ces rencontres. Jusqu’à la fin. Cet haïtien tout d’abord, retournant sur les terres familiales, dont nos échanges filaient dans la turpitude du métro aérien. Puis cette fille, voyageant pour la première fois hors des frontières.

Tout semble si irréaliste maintenant que j’en suis revenu. Ce court exode sur les traces de Saint-Exupéry semble si loin derrière moi. Cela fait pourtant quelques années à peine. Néanmoins, de ce voyage découle la vraie richesse. Celle de s’affranchir des barrières que l’on fixe devant soi. Le contexte-même du voyage m’ouvrait l’esprit. Ce fut ma première année d’ouverture sur le monde. Elle m’a conduit à m’intéresser à des domaines peu familiers et dont je pensais qu’ils n’auraient que peu d’attraits. La peinture par exemple, dont témoigne ces journées entières passées à découvrir Guggenheim. A chaque voyage, une nouvelle routine à découvrir. La première nuit est difficile, mais elle est le gage d’une ouverture aux autres, mais surtout sur soi.

Glace aux termites

Les voyages amènent une remise en question de nos habitudes passées. Il faut en trouver de nouvelles et s’imprégner d’une routine différente. On est toujours déstabilisé. Et finalement, où qu’on aille, on s’impose toujours de nouvelles attaches. Cela commence par l’adaptation aux produits et à la culture locale. Aux habitudes de vie de nos nouveaux colocataires, aussi.

Les rencontres faites dans ces contextes, où l’on a perdu tous repères, n’en sont que plus authentiques. Des amitiés se crées avec des personnes vers qui l’on ne serait jamais allé en d’autres occasions. Pour moi, j’y porte le nom d’August, dont je corrigeais le français et lui mon anglais. Ou encore, celui inconnu, de ce prof de français à New-York, qui me parlait tous les jours de son admiration pour Fernandel, quand les matins à 6 heures, nous nous retrouvions au Recreation Center. Qu’importe le nom, ces âmes curieuses et chaleureuses existent. Leur rencontre est le fruit du hasard mais ne laissent jamais indifférent. De ces expériences, on ressort toujours grandit et curieux davantage.

Ressources

Des auteurs que j’ai apprécié :

  • « On a roulé sur la terre », Sylvain Tesson
  • « La marche dans le ciel : 5 000 km à travers l’Himalaya », Sylvain Tesson avec Alexandre Poussin
  • « Dans les forêts de Sibérie », Sylvain Tesson
  • « Terre des hommes », Antoine de Saint-Exupéry

Une chaine YouTube sur l’art culinaire à l’étranger :

Mis à jour le 7 août 2018

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