Tartines de confiture et complot Wikipédia : ce qu’on ne veut pas que vous sachiez !


Articles / dimanche, mai 13th, 2018

Une tartine tombe toujours du côté confiture, et on tombe toujours malade après avoir pris froid n’est-ce pas ? Ces affirmations courantes sont souvent répétées et entendues si bien que l’on perd parfois l’origine de ces idées reçues. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces affirmations que l’on pense vraies, sont en réalité fausses. Plusieurs mécanismes sont à l’origines de la naissance et de l’entretien de ces croyances.

Cet article n’a pas pour vocation de remettre en question tout un pan de votre existence, promis on en restera à nos tartines, mais vous découvrirez, je l’espère, l’importance jouée par les biais de confirmation sur nos décisions. Vous apprendrez avec cet article et les sources qui y sont attachées, pourquoi et comment vous en prémunir. Vous gagnerez en indépendance et à ne plus vous faire manipuler.

C’est bien beau mais c’est quoi le plan ?

J’y réponds tout de suite :

Dans un premier temps on verra ce qu’est un biais de confirmation et en quoi ils ont une influence sur notre quotidien. On verra quelles sont leurs origines, et on étudiera quelques exemples illustratifs. Donc si vous avez suivi, voilà le plan :

    1. Un biais de confirmation, késaco ?
    2. Mais d’où viennent-ils ?
    3. Exemples

C’est parti !

Un biais de confirmation, késaco ?

Un biais de confirmation c’est un phénomène qui consiste à accorder plus de crédit à des hypothèses allant dans le sens de notre pensée. En effet, on préfère ce qui nous arrange intellectuellement, plutôt que de remettre en question ce que l’on a appris. Un biais de confirmation conduit, à partir de données substantielles, à établir une conclusion générale prématurée. Par exemple, manger du chocolat vous rendra intelligent.

Attends, c’est vrai ça ! Mon ami a mangé une tablette de chocolat par jour avant le bac et il a eu mention Très Bien.

Eh bien justement voilà une expérience du biais de confirmation. Ce n’est pas parce que cet ami a eu une mention Très Bien en mangeant du chocolat que ces deux événements sont liés, et que l’un est à l’origine du second (si vous voulez comprendre pourquoi, je vous invite à consulter la vidéo de cette excellente chaine YouTube : La statistique expliquée à mon chat).

L’exemple peut faire sourire, mais dans la pratique, les biais peuvent concerner des sujets autrement plus complexes.

Le site http://tylervigen.com/spurious-correlations s’amuse avec plusieurs graphiques loufoques à établir de fausses corrélations en liant des événements pourtant bien distinct. Par exemple, vous y verrez que le nombre de suicides par pendaison augmente en même temps que le budget américain investit dans le spatial, les sciences et technologies. La recherche causerait-elle le suicide ? Voilà un nouveau biais de confirmation que le site s’amuse à construire.

Mais d’où viennent-ils ?

Les biais de confirmations ont des origines tellement diverses qu’il serait impossible d’en faire ici une liste exhaustive. Néanmoins, il y a quelques éléments communs à ces sources de propagation de fausses informations. Il y a incontestablement une influence sociale. Nous sommes influencés par nos pairs. C’est ce que met en avant l’expérience de Asch qui montre une tendance à la conformité : je fais comme mon voisin.

Au cours de ces expériences, conduites en 1951, Solomon Asch a invité plusieurs étudiants à venir passer un prétendu test de vision. L’étudiant était entouré d’autres élèves venus passer le même test, tous complice du professeur, mais sans que l’étudiant ne soit au courant. Au cours de cet exercice était présenté une ligne de référence d’une certaine taille. Il était alors demandé aux élèves de dire chacun leur tour et devant les autres, laquelle de la ligne A, B ou C était de même taille que la ligne de référence. Les complices faisaient exprès de donner, tous, le même résultat aberrant. Sachant pertinemment que le résultat était faux, l’étudiant se conformait au groupe, et donnait lui-aussi le même résultat aberrant en toute connaissance de cause.

Expérience Asch – Wikipédia, CC BY-SA 4.0

Facebook, par exemple, participe à la création de biais de confirmation en faisant taire les idées contraires. En effet, l’algorithme nous présente des pages que nous sommes susceptible de « liker » sur le modèle de celles que nous aimons déjà. Cela nous coupe de la différence, de l’innovation, de l’ouverture d’esprit. A terme, cela peut favoriser les phénomènes de radicalisation de la pensée avec les conséquences que l’on connait.

Une information peut également sembler vraie si plusieurs personnes que l’on côtoie nous la rapporte. L’information nous semblera plus sûr car confirmée de plusieurs part. Une sorte de chambre de résonance de l’information.

(En passant, pour approfondir le sujet des interactions sociales de manière pédagogique, je ne peux que vous conseiller ce petit jeu en ligne : La folie et/ou sagesse des foules ou le livre « La sagesse des foules » de James Surowiecki.)

Quelques exemples de sources de biais

Wikipédia

Une théorie veut que si l’on clique sur le premier lien dans un article Wikipédia, en faisant de même avec la nouvelle page sur laquelle on est redirigé et ainsi de suite, on finisse toujours par tomber sur l’article « Philosophie ». Faisons-en l’expérience en partant de la page « Conjecture de Syracuse » (expérience que je vous invite à reproduire en démarrant éventuellement d’autres pages).

En cliquant à chaque fois sur le premier lien voici les différents pages qui s’affichent :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conjecture_de_Syracuse
https://fr.wikipedia.org/wiki/Math%C3%A9matiques
https://fr.wikipedia.org/wiki/Connaissance
https://fr.wikipedia.org/wiki/Notion
https://fr.wikipedia.org/wiki/Connaissance_(philosophie)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie

On atteint la page « Philosophie » au bout de 4 clics seulement. Testons maintenant toujours à partir de la même page, « Conjecture de Syracuse » mais en cliquant sur un lien au hasard, et non plus catégoriquement le premier. Voici l’historique des pages que j’obtiens :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conjecture_de_Syracuse
https://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_abstraite
https://fr.wikipedia.org/wiki/Compilateur
https://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_lexicale
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEne_de_caract%C3%A8res
https://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_informatique
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_formelle_(informatique)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bug_(informatique)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Application_(informatique)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mat%C3%A9riel_informatique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Circuit_imprim%C3%A9
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9action_d%27oxydor%C3%A9duction
https://fr.wikipedia.org/wiki/Respiration_cellulaire
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peptide
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aspartame
https://fr.wikipedia.org/wiki/Sucralose
https://fr.wikipedia.org/wiki/Additif_alimentaire
https://fr.wikipedia.org/wiki/Synth%C3%A8se_chimique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Rendement_chimique
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9action_chimique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Masse
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grandeur_physique
https://fr.wikipedia.org/wiki/Science_de_la_nature
https://fr.wikipedia.org/wiki/Monde_(univers)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Raison
https://fr.wikipedia.org/wiki/Esprit
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience
https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychisme
https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie

Après 29 clics, un peu plus long que précédemment, je retombe sur l’article « Philosophie ». Bluffant n’est-ce pas ?

Ouais, donc du coup, on a la propriété : si je clique sur un lien d’un article Wikipédia, je tomberais obligatoirement, au bout d’un certain nombre d’itérations, sur la page Philosophie.

Eh non ! Pas forcément. Une page Wikipédia a elle-même été créée à propos de ce phénomène (« Getting to Philosophie »). On y apprend qu’en 2016, 97 % des articles présentent cette propriété. Wikipédia propose 30 millions d’articles, c’est donc 900 000 pages (3 %) qui ne respectent pas cette propriété. Et quand bien même il n’y en aurait qu’une, la propriété se serait révélée fausse. (Voir « Ep 10 Raisonner de façon correcte » de la chaine youtube Hygiène Mentale).

La conjecture de Syracuse

Une conjecture est une propriété mathématique que l’on soupçonne fortement d’être vraie mais que l’on n’a pas encore réussi à démontrer. La conjecture de Syracuse, ou problème 3n+1 en est une.

Voici son énoncé :

« Si on prend un nombre positif pair n et qu’on lui applique la propriété suivante : Si n est pair, alors on le divise par deux, sinon, on multiplie ce nombre par trois et on lui ajoute un. Au bout d’un certain nombre d’itération, on finit toujours par tomber sur un ».

Une fois sur 1, 1 étant impair on applique la seconde transformation, qui renvoi 4 (3*1 + 1). 4 étant pair, via la première opération on divise par 2 ce qui donne 2. 2 étant pair, on divise une nouvelle fois et on retombe sur 1. On obtient la chaîne cyclique 1 -> 4 -> 2 -> 1. Voici des graphes de quelques résultats obtenu à l’aide d’un petit script en python :

Syracuse n=42

En partant de n=42, il faut 8 itérations avant d’atteindre la valeur 1. Passé la 8ème itération, on rentre dans un cycle sans fin où l’on passe de 1 à 4 puis de 4 à 2 et enfin de nouveau 1 etc.

Syracuse n=27

En partant de n=27, il faut 111 itérations.

Il serait tentant de généraliser et de conclure la propriété vraie. Pourtant, cette propriété n’est pas encore démontrée. Pour l’heure, les mathématiciens ont montré que seuls les nombres inférieurs à 5×10^8 retombent effectivement sur 1.

Malheureusement, si vous résolvez cette conjecture, ne faisant pas partie des 7 problèmes des millénaires, vous ne toucherez pas les 1 millions de dollars de récompenses prévue par problèmes résolus. Mais sur le plan intellectuel, vous gagnerez beaucoup à « jouer » avec cette propriété.

(Pour approfondir : le site du CNRS)

Conclusion

Les biais de confirmations existent sous de nombreuses forment et trompent notre pensée. La connaissance de ceux-ci ne suffit pas à s’en prémunir, néanmoins, on peut gager qu’une personne avertie pourra les reconnaître et mieux leur résister.

Pour ma part, je n’ai que quelques conseils : dépasser vos croyances personnelles, restez curieux et ouvert d’esprit.

Code source

import matplotlib.pyplot as plt

def f(nombre):
    if (nombre % 2 == 0): 
        return nombre//2
    return 3*nombre+1

def affiche(x, y, nombre):
    plt.plot(x, y, "--o")
    plt.ylabel("Nombre")
    plt.xlabel("Nombre d'itérations")
    plt.title("Suite Syracuse n={}".format(nombre))

# arrete automatiquement l'iteration lorsque nombre atteint 1
def stopauto(nombre):
    var = nombre
    cpt = 0
    x = [0]; y = [nombre]
    while(nombre != 1):
        x += [cpt]
        nombre = f(nombre)
        y += [nombre]
        cpt += 1
    print("nombre iterations : {}".format(cpt))
    affiche(x, y, var)
        
#trace(42,20)
# pour choisir le nombre d’itérations
def trace(nombre, n):
    y = [0 for i in range(n+1)]
    y[0] = nombre
    for i in range(n):
        y[i+1] = f(y[i])
        #print(y[i])
    affiche(range(n+1), y, nombre)

# pour faire plusieurs trace d'un coup
def main(nombres, n):
    for nombre in nombres:
        trace(nombre, n)

Ressources

En bonus, les chaines YouTube d’Astronogeek et de Defakator.

Mis à jour le 7 août 2018

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