Une lettre à la mer


Articles / jeudi, août 16th, 2018

Quand j’étais petit et que nous partions en vacances, j’avais cette chance-là, ma mère avait ce rituel que j’ai repris depuis à mon tour. Le souvenir n’est pas si éloigné, cela fait peut-être dix ans à peine si bien que, l’image encore vive, je la revois assise, couchant avec soin, des mots précieusement choisis. J’aimais la manière dont elle choisissait les cartes postales. Une habitude d’un autre temps qu’on lui avait transmise et qu’elle faisait perdurer. Par mimétisme, la chaîne se voyait alourdie, à chaque génération, d’un maillon supplémentaire. Le poids d’un rituel qu’on m’imposait alors, réservant les dernières lignes, pour que j’écrive à mon tour une pensée avenante.

Il fallut attendre quelques années encore pour que ce devoir auquel j’étais assujetti me devienne véritablement agréable.

Quoi écrire ?

A travers la carte postale il y a l’envie de se rappeler à l’esprit de celui à qui le message est destiné. Il y a au fond un plaisir égoïste, mais également une envie de transmettre un bonheur que l’on n’éprouve peut-être pas mais que l’on souhaite susciter. Il y aussi, parfois et selon l’auteur, le désir d’expression de la plus tendre sincérité. La carte est génératrice d’un plaisir partagé, tant pour celui qui l’écrit que pour celui qui la reçoit. Elle transmets avec elle un peu de cette euphorie du voyage en dépit d’un support somme toute sommaire.

L’écriture n’est pas tout de suite évidente : il faut jouer avec les sentiments que fait émerger en nous, l’évocation de ces personnes. On évoque en notre mémoire les souvenirs que l’on y a rattachés.

Avant d’écrire je pèse les mots, sans savoir réellement ce que je vais écrire. Le premier jet me ferait jeter des banalités : j’espère que tout va bien suivi par la description sommaire de ce que j’aurais fait. Mais je ne veux pas me réduire à de telles commodités.

Je garde en moi cet échange agréable avec cet ami, reconnaissant d’avoir reçu un jour, un condensat de mes pensées exprimées au travers l’envoi d’un simple support imprimé au recto d’un soutien cartonné. Et alors que je rédige pour lui ce nouveau mot qu’il découvrira sous peu, c’est sa voix que j’entends et qui guide ma plume. Il n’y a, pour l’auteur, de plus beau cadeau que celui d’avoir en retour l’expression des sentiments que l’on a su susciter. Une simple attention, adressée au bon moment est à même de changer le cours de certaines destinées.

Voilà enfin que je me confronte à la plus difficile. Celle que j’ai gardé pour la fin. Rasséréné par ces premières terminées qui me donnent le courage nécessaire, ma main s’élance hésitante. Non pas que je me force à l’écrire, mais cette dernière carte est réservée à des parents qui me sont chers mais à qui je reste étranger. Je n’aurais probablement pas de retour. Non pas que j’écrive pour en avoir, mais cela aurait conforté mon geste en me donnant l’audace de pousser plus loin cet échange timide. Cette carte est à l’image d’une bouteille que l’on jetterait à la mer : elle contient des sentiments sincères exprimés envers des personnes que j’estime et qui n’ont jamais su, en retour, me témoigner leur amour. Cela nécessite un effort supplémentaire afin d’être naturel mais j’y parviens néanmoins, évitant ces détours trop explicites, qui de par leurs détails, ancreraient les faits dans la réalité : « Je sais qu’on ne communique pas souvent ».

Pourquoi ?

Avant de me lancer dans l’exercice je me trouvais l’âme quelque peu morose en pensant à cette année à venir. L’esprit préoccupé par une avalanche d’angoisses et d’incertitudes : Comment combiner mes études avec cette envie d’écriture de plus en plus présente, qui constitue ma force et mon épanouissement ? Quid du sport, et des relations sociales que j’estime au plus haut point ? Comment, enfin, finir ma dernière année d’études qui n’est pas des plus heureuse ?  Voici plusieurs mois déjà que je suis à Londres et que je n’ai encore exprimé mes sentiments à ceux qui me sont chers.

L’écriture devient belle à l’instant où elle se dénude de toute arrières pensées, une fois ôtés les artifices sommaires. La voilà sincère, authentique, se donnant comme au premier jour. Elle délivre, aide à l’introspection. L’écriture est une décharge émotionnelle qui aide lorsque tout va mal. Cela m’a fait du bien. Je sais que ces mots authentiques seront à l’origine d’un sourire et d’un bonheur éphémère.

« Je voulais aussi prendre un moment pour exprimer mon sentiment d’appréciation pour t’avoir dans ma vie » – 09/16

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Mis à jour le 18 août 2018

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