Une soirée à Montmartre


Articles / samedi, septembre 8th, 2018

Montmartre renferme en son sein la plus merveilleuse expression de la culture populaire. On l’associe à de nombreuses œuvres culturelles comme « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » où encore « Le passe-muraille » de Marcel Aymé. Ayant abrité pour un temps de nombreux artistes comme Jacques Prévert, Pierre-Auguste Renoir, Pablo Picasso, Vincent van Gogh mais aussi des vignes, moulins et les hommes du roi Henri IV lors du siège de Paris en 1590, c’est un lieu chargé d’histoire.

En empruntant les différents escaliers de ce Paris dans Paris on retrouve un microcosme particulier, parmi lequel des épiceries et cafés emblématiques comme « Au marché de la Butte » mais aussi le « Café des Deux Moulins », lieux de décors du film éponyme d’Amélie Poulain, ou encore ces boucheries où la file d’attente descend jusque dans la rue.

Il y a la place des Abbesses avec son manège, et non loin, son mur des « Je t’aime ». En contrebas, par ces escaliers où les amoureux s’embrassent, l’art brut des Halls. Des séries de marches grimpant vers la hauteur du ciel et dont l’absence de sport nous fait ressortir essoufflé davantage. Dans l’angle se trouve cette librairie tenue par cette dame à l’allure très parisienne. Une certaine idée d’indépendance, d’audace mêlée de fierté se dégageait d’elle. Une femme forte, de caractère mais qui savait sans doute se montrer douce et sensible. Je l’avais coupé dans cette phrase mystique, laissée à jamais en suspens : « C’est très Mitterrandien ».
Elle avait regardé rapidement les deux livres que je lui soumettais : « Paris est une fête » d’Hemingway et « La disparition du docteur Mengele », puis le jugement rendu sur mon choix, elle l’avait approuvé par l’expression d’un signe approbateur. Cela me fit plaisir. Merci Monsieur, c’est très chic de votre part, merci avait-elle prononcé en aspirant les mots.

Mais j’avais surtout retenu le sourire de cette fille qui avait ponctué sa demande: « vous voulez passer ? » alors que je n’osais timidement la déranger dans son attitude contemplative et appliquée qu’elle avait pris le soin d’adopter.

En cette veille de rentrée j’entendais malgré moi des conversations qui m’amusaient. Il y avait eu cette fille au téléphone : « Je mange, je me couche tôt et je regarde peut-être une petite série. Je ne touche à rien » discutant du travail, qu’avec son amie, elles rendraient le lendemain. Ou plus tard dans la nuit, cette autre là qui m’avait fait esquisser un sourire : « Les chiens vont faire caca partout mais bon j’veux dire là ils pissent devant la table ».

Il y avait eu ces anglais désorientés que j’avais aidé en allant les voir spontanément. Perdu dans les méandres de ce dédale de couloirs brusquement reportés sur leur carte, ils voulaient se rendre sur l’île de la cité. Derrière eux se trouvait une affiche muette, une bouteille jetée à la mer dans l’attente de s’échouer sur le sable de quelque plages lointaines au détour hasardeux de quelque courants : cherche choriste amateur.

Enfin, il y avait eu la brasserie à Pigalle avec ce couple à ma droite et cette anglaise avec qui l’homme dînait.  Dans un français magnifique et cet accent qui donne le charme aux phrases les plus banales, ils discutaient de leur vacances, de leurs premières histoires d’amour, de leur famille. En partant de ces brefs récits de vie j’aimais à m’imaginer leur parcours, remonter le fil de leur vécu jusqu’à en atteindre l’origine. Sur le boulevard se trouvait des sex-shop à la mine patibulaire que séparaient les magasins de musique. Leurs façades n’étaient que les pâles symptômes d’un mal plus profond, les vestiges d’un âge d’or qu’internet avait fait voler en éclat.

En rentrant, désormais seul, j’avais rejoint selon le hasard de mes pas, ce couple et le Sacré-Coeur. Devant les grilles maintenant fermées, renfermant dans la nuit ce Majestueux qu’éclairaient comme un phare les projecteurs tournées vers la pierre blanche, ils immortalisaient les quelques instants de bonheurs qu’ils éprouvaient alors. J’avais proposé de les prendre en photo, ce qu’ils avaient accepté. J’avais été le sculpteur d’un amour qui se verrait éternel ou éphémère. Les vendeurs de bracelets n’étaient plus là. Seul demeurait les regards de ces filles que l’on croisait et qui ne se détachaient pas.

Paris, en cette nuit-là, ouvrait le champs des possibles et m’avait sortie de l’univers malsain de l’entre-soi que développent malgré elles les promotions étudiantes, et dont la difficulté à rencontrer l’âme-sœur parmi ces effectifs essentiellement masculin renvoyait l’impression que les filles bien avaient déjà toutes été conquises.

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