Ma fête des mères


Contributions volontaires / lundi, mai 28th, 2018

Hubert (nom d’emprunt) a 21 ans et a souhaité, par ce témoignage, s’exprimer tout en restant anonyme :

Je ne pensais pas qu’un jour, un autre que moi lirait ce que je me suis mis à écrire. A l’origine, une expérience tragique, qui m’amena à coucher, par écrit, mes pensées. Je pense qu’aujourd’hui, je peux essayer d’apporter quelque chose aux autres au travers de ce texte. Voulant rester anonyme, j’ai choisi le pseudo Hubert. Pardonnez la longueur de ma pensée, j’ai tendance à passer du temps sur les choses. Bonne fête des mères à toutes les mamans du monde.

Ma fête des mères

Ma fête des mères

Hubert à lui-même

Aujourd’hui, c’est la fête des mères. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toi. Cela fait deux ans que je ne t’ai plus pour la fêter. Je suis loin désormais, à des milliers de kilomètres de là où je pourrai me recueillir pour passer du temps avec toi. J’ai regardé par curiosité les « Sept étapes du deuil », pour savoir, selon ces piliers, où j’en étais. Je pourrai, là, tout de suite, aller vérifier sur internet si je ne vais pas dire de bêtises, mais je n’ai pas l’intention d’être parfait ni précis dans ce que je vais dire. Ainsi je parlerai avec mon cœur.

Une étape m’a intéressé. Celle de la négociation, où l’on ferait la promesse d’une conduite irréprochable, en échange d’un retour en arrière. Une négociation, surtout en notre défaveur, implique d’adopter une certaine humilité. Je l’ai jouée différemment. Par la menace notamment. Menacer de devenir quelqu’un de mauvais s’Il emportait ma mère. Faire de mauvaises choses, ne me consacrer rien qu’à ça. Comme si je me sentais supérieur et que cette attitude aurait un impact sur la marche du monde.

J’avais oublié avoir eu ces pensées. Leur mémoire m’est revenue cette après-midi dans le métro. Je n’ai jamais été parfait, mais à la réflexion, je pense pouvoir faire quelque chose de plus grand que de céder le pas à ces émotions destructrices. Transformer ma colère en instance supérieure. Parce qu’il est facile de se braquer, de s’enfermer dans sa tourmente. De garder la tête pleine de reproches et de critiques. Mais, à agir ainsi, on n’avance pas.

Je me fiche de savoir ce qu’Il veut. Je me fiche de savoir pourquoi Il t’a prise. Je ne cherche pas de raison, ça serait idiot, car j’accepte la fatalité, l’aléatoire, le « pas de bol ». Il, peut tout aussi bien évoquer Dieu, que l’absurdité, le hasard, l’impromptu, l’évènement. Cependant, Il a pris quelqu’un qui a consacré sa vie au bonheur des autres. Avec la famille, ses amis, au travail, elle a toujours agi en écoutant son cœur, fait les bons choix, ceux d’être, chaque jour, une personne meilleure. Et pourtant, Il t’a prise. Il a retiré, de façon arbitraire, ma mère œuvrant, jours après jours, à son échelle, pour un monde plus beau encore. Tu faisais beaucoup de bien. Nul besoin de créer de grandes organisations, et ça tu l’avais compris.

Chacun peut agir selon son bon vouloir. J’aurais pu faire le mauvais choix, celui de céder à la méchanceté, à l’aigreur que justifierait ma peine, et détruire ainsi l’image de celle que tu as toujours été.  Alors j’ai décidé de faire mieux. Si être quelqu’un d’exceptionnellement bon coûte la moitié d’une vie, comme il t’en a coûté, soit. Je serai bon. J’apporterai, autant que faire ce peu, quelque chose aux autres, je guiderai ceux qui naviguent dans le brouillard.

Car il y a autant d’expériences que de vécu, et que de ces expériences découle la véritable richesse, il serait triste de ne pas les partager. De garder pour soi, ce qui pourrait aider, ne serait-ce qu’une personne parmi ces âmes, trop nombreuses, en souffrance, perdues et abandonnées par tous. Je ne prétends pas être Mère Teresa, encore moins avoir la science infuse. Mais si je peux apporter quelque chose à quelqu’un passant par un moment de doute, je le ferai. Je serai un phare qui brillera à des miles et des miles, jusqu’à m’en brûler moi-même. Car je sais que, comme pour toi, d’autres prendront ma place, tout comme tu as su prendre celle de M-L. Et ensemble nous construirons quelque chose de bien.

« Parce que ce serait beau », a répondu Tom au prieur Philip dans « Les Piliers de la Terre ». Il aurait pu donner toutes les raisons du monde, dire qu’il ressentait ce besoin depuis des années. Que c’en était devenu une lubie. Il aurait pu évoquer la mort de sa femme à qui il promit, sur son lit de mort, de bâtir un jour une cathédrale. Chacun construit, à la mesure de ses forces, ce dont il est capable. Je pense que si nous construisions plus de phares, on naviguerait tous, beaucoup plus loin.

Je t’embrasse maman, je t’aime. Bonne fête.

Mis à jour le 28 juillet 2018

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